×

Objectifs de développement durable : la Belgique doit réaffirmer qu’elle assumera ses responsabilités

Benjamin Van Cutsem Benjamin Van Cutsem
9 juillet 2015

En septembre prochain, le Sommet spécial des Nations Unies à New York doit instaurer de nouveaux objectifs de développement durable (ODD). Ils remplaceront les Objectifs du millénaire pour le développement qui arrivent à leur terme fin de cette année. De nouvelles négociations sont prévues à la fin de ce mois de juillet. Etat des lieux.

Il ne reste que deux salves (juillet et septembre) pour trouver un compromis avant que des engagements internationaux ne soient pris et entérinés. Dans le prolongement des négociations du 22 au 25 juin, celles de juillet seront également consacrées à la déclaration politique de septembre prochain. De l’analyse de la société civile, ce texte constitue une bonne base mais devrait néanmoins être renforcé par des références plus poussées aux droits de l’Homme, à la non-discrimination, à l’égalité des genres ou encore à l’autonomisation des femmes.

Au-delà même du clivage traditionnel et peu à peu désuet entre Nord et Sud, des convergences existent : tous les Etats parties voient en cette déclaration une proposition de travail intéressante. Toutefois, malgré un certain nombre de positions communes, les prochaines négociations promettent d’être vigoureuses et d’être le lieu de frictions entre points de vue divergents défendus par les pays industrialisés et les pays en développement.

Lutte contre la pauvreté versus les trois dimensions du développement durable

Un premier point d’accroc réside dans la définition de la priorité centrale du prochain agenda de développement. Les pays en développement (réunis au sein du G77allié avec la Chine) veulent faire de l’éradication de la pauvreté, sous toutes ses formes et dimensions, l’élément transversal de l’agenda post-2015, alors que les pays occidentaux (Union européenne, Etats-Unis,…) priorisent une intégration plus équilibrée entre les trois dimensions du développement durable (sociale, économique et environnementale). Une deuxième opposition porte sur le phénomène de migration qui, au-delà des drames humains qu’il génère, ne doit pas être envisagé négativement alors qu’il peut apporter des bénéfices tant chez les pays récipiendaires que d’origine. Enfin, dès lors que la paix s’impose comme l’un des axes prioritaires du document, l’idée d’une réforme urgente de la gouvernance mondiale (des institutions responsables du maintien de la paix et de la sécurité) est appelée par les pays en développement.

Universalité mais responsabilités différenciées

Au-delà de ces points d’accroc, c’est surtout le principe d’universalité qui est source de tensions. De quoi s’agit-il ? A la différence des Objectifs du millénaire pour le développement qui étaient applicables uniquement pour les pays en développement, ces nouveaux Objectifs de développement durable seront appliqués à tous. Les pays en développement se félicitent de cette idée, mais font valoir les disparités de contexte socio-économique et environnemental. Pour les pays en développement, l’universalité ne va donc pas sans un autre principe : celui des « responsabilités communes mais différenciées ». Ce principe, utilisé plus communément sous l’acronyme anglais CBDR, est vieux de plus de vingt ans (il a été inscrit dans la Déclaration de Rio en 1992, lors du Sommet de la Terre). Il stipule une reconnaissance de la responsabilité partagée par tous dans les dégradations environnementales, mais tient compte du fait que tous n’ont pas contribué à avec la même ampleur aux problèmes. Un exemple type : le réchauffement de l’atmosphère. S’il est évident que tous les pays émettent des émissions qui contribuent au réchauffement, les pays qui ont participé à la première Révolution industrielle ont une responsabilité plus importante car c’est depuis cette période que le CO2 s’est accumulé dans l’atmosphère.

Les défis de la durabilité

Aujourd’hui, les pays développés se méfient de ce principe : ils font valoir une interprétation restrictive de leur responsabilité en la limitant à l’aspect environnemental. Sur cette base, le principe de responsabilités communes mais différenciées ne serait pas applicable dans le cadre des discussions actuelles, qui sont plus larges que le cadre environnemental strict, puisqu’elles concernent le développement durable. Les pays en développement, de leur côté, assurent la légitimité de leur demande en rappelant textuellement le principe 7 de la déclaration de Rio, qui stipule que « les pays développés admettent la responsabilité qui leur incombe dans l’effort international en faveur du développement durable ».

C’est bien en ce sens que cette notion de responsabilité doit être comprise. Il en va de la justice historique et de l’impact propre de chacun sur l’environnement, mais aussi et surtout, de la volonté politique des pays développés à faire face aux défis de la durabilité. La Belgique, qui a reconnu le principe de responsabilité commune mais différenciée en 1992 et a toujours refusé les retours en arrière sur les acquis du développement durable, doit donc rester fidèle à cet engagement.

Parlons climat à l’école



Découvrez notre mallette d'outils pédagogiques
]

Lire aussi

Climat : pourquoi il nous faut une loi spéciale maintenant

Climat : pourquoi il nous faut une loi spéciale maintenant

Le projet de loi climat a fait la une de l’actualité ces dernières semaines. Ce mardi 19 mars, plusieurs partis se sont opposés à la révision de l’article 7bis de la Constitution, qui permettrait une adoption rapide de la loi spéciale. Les lignes (...)


  • Véronique Rigot, Rebecca Thissen

    21 mars 2019
  • Lire
Un traité transatlantique au mépris du climat ?
Tribune

Un traité transatlantique au mépris du climat ?

Les Etats membres de l’UE se prononceront « dans les prochaines semaines » sur la négociation d’un nouveau traité transatlantique avec les Etats-Unis. La Commission européenne a publié en janvier dernier des mandats de négociation en ce sens, mais le (...)


  • Arnaud Zacharie, Michel Cermak

    20 mars 2019
  • Lire
Loi climat : il reste une semaine aux parlementaires pour agir

Loi climat : il reste une semaine aux parlementaires pour agir

Le MR, le CD&V et l’Open VLD ont refusé ce mardi 19 mars la révision de l’article 7bis de la Constitution, qui aurait facilité l’adoption d’une loi spéciale sur le climat. Le MR a dit préférer l’option d’un accord de coopération. Pour le (...)


Qui ? Benjamin Van Cutsem
Adresse Quai du Commerce, 9 - 1000 Bruxelles
Téléphone +32 250 12 30

Inscrivez-vous à notre Newsletter