×

Presse

Panama : travailleurs licenciés pour avoir formé un syndicat

La Belgique ne peut pas fermer les yeux

La Confédération syndicale internationale (CSI) signalait le 20 mai dernier que trente-trois employés de la firme Panama Gaming & Services de Panama S.A. y/o CIRSA Panama S.A. avaient été licenciés pour avoir tenté de mettre sur pied un syndicat tandis que leur demande de création d’un syndicat était rejetée le 10 mai dernier par le ministère du Travail et du Développement de la main-d’œuvre. Ces licenciements constituent une violation flagrante des droits des travailleurs et, en particulier, de la Convention nº 87 de l’Organisation internationale du travail (OIT) relative à la liberté syndicale et la protection du droit d’organisation, ratifiée par le Panama.

Cette violation vient s’ajouter à la déjà trop longue liste des atteintes aux droits des travailleurs au Panama, établie par le rapport annuel de la Commission d’experts mandatée par l’OIT. Citons en particulier l’interdiction du droit de grève en vigueur dans la zone du Canal, principal pôle d’activité économique et d’investissement étranger du pays, et les persécutions et assassinats de représentants syndicaux.

La Coalition Belge pour un travail décent, formée des trois syndicats belges, CSC, FGTB et CGSLB, et d’ONG Nord-Sud, dénonce fermement cette situation et rappelle que la Belgique a signé avec le Panama un accord sur les investissements, dont le but est de protéger les investisseurs belges au Panama.

La ratification de cet accord signifierait clairement que la Belgique cautionne les violations des droits du travail et les encourage. En effet, le texte de cet accord ne mentionne pas expressément les normes fondamentales du travail de l’OIT, comporte des clauses sociales et environnementales extrêmement faibles et exclues du mécanisme de règlement des conflits entre Etats. Il n’existe donc aucun moyen en pratique de faire respecter ces clauses. Par contre, cet accord, comme les 94 du même type malheureusement ratifiés par la Belgique, permet à un investisseur privé de traîner un État devant un tribunal international pour avoir voté une législation sociale qui lui serait défavorable, ce qui empêche un gouvernement, même de bonne volonté, de prendre des mesures sociales sans peur de compensation à payer aux investisseurs étrangers.

Il est heureusement encore temps que les Régions wallonne et bruxelloise empêchent la ratification de cet accord (puisque le parlement flamand l’a malheureusement ratifié le 27 avril dernier). Rappelons qu’un accord similaire avec la Colombie, présentant les mêmes lacunes avec un pays qui piétine autant les droits des travailleurs, avait été bloqué par les gouvernements flamand et wallon en mars 2010. Ceci en cohérence avec les déclarations de politique régionale qui prévoyaient de conditionner la ratification d’accord de ce type à la présence de clauses sociales et environnementales comportant des mécanismes de mise en œuvre et de contrôle effectifs. Sur ce plan, le texte du projet d’accord avec le Panama est encore plus faible que le défunt accord avec la Colombie.

Selon Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11, « il est temps de faire preuve de cohérence, que notre pays et ses régions prennent leurs responsabilités, n’encouragent pas ailleurs ce qu’ils ne toléreraient pas en leur sein ».

Lire aussi

Au Pérou, contre l'esclavage domestique

Au Pérou, contre l’esclavage domestique

Au Pérou, comme dans les autres pays d’Amérique latine, des milliers de jeunes femmes pauvres ne trouvent pas d’autre travail que celui de domestique dans des familles fortunées. Cette situation les rend très vulnérables et favorise les abus de la (...)


Travailleuses d'un sous-traitant d'Adidas
Analyse

Garantir le travail décent dans les chaînes d’approvisionnement

Comment imposer aux entreprises le respect de normes sociales et environnementales et le versement d’un salaire décent dans leur chaîne d’approvisionnement ? Faute d’un accord multilatéral, c’est aux États d’agir : en garantissant la transparence, en (...)


  • Arnaud Zacharie

    25 octobre 2018
  • Lire

Inscrivez-vous à notre Newsletter