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Sandy : tous égaux devant les aléas climatiques ?

Véronique Rigot Véronique Rigot
2 novembre 2012

Des Caraïbes à l’Amérique du Nord, un même constat de désolation et d’impuissance suite au passage de l’ouragan Sandy. Pourtant, les conséquences d’une catastrophe naturelle de cette ampleur sont loin d’être les mêmes pour tout le monde.

« Le climat emporte des vies chaque jour dans le Sud » : le slogan de la campagne 11.11.11 pour la justice climatique se charge soudain d’images. La montée des eaux, des toitures et des murs arrachés, des routes coupées, des ponts effondrés, des cultures ravagées, des coupures d’électricité, des pillages, même. La violence. Le chaos. La mort. L’état d’urgence.

Des vies emportées au Sud, oui. Mais au Nord aussi. New York, la mythique, l’emblématique, aura beaucoup fait parler d’elle ces derniers jours. Tout au long de la trajectoire de l’ouragan Sandy des Caraïbes aux Etats-Unis, le constat est évident : personne n’est à l’abri des événements climatiques extrêmes.

Les avertissements sont clairs

Des scientifiques allemands (du très renommé Potsdam Institute for Climate Impact Research) se sont prononcés sur l’influence du réchauffement global sur l’ouragan Sandy [1]. La raison voudrait que l’on ne se précipite pas pour associer toute « catastrophe naturelle » aux « changements climatiques », que l’on laisse du temps aux scientifiques pour tirer des conclusions claires sur le lien entre les catastrophes et la tendance du réchauffement global (en particulier le réchauffement de la surface des mers). Mais depuis plus d’une dizaine d’années, les travaux scientifiques sur les évènements climatiques extrêmes sont nombreux et les conclusions du Groupe intergouvernemental des experts sur l’évolution du climat (GIEC) sont sans équivoque. Leur dernier rapport, qui y est consacré, démontre que les phénomènes de type ouragan, cyclone, et autres tempêtes deviendront plus fréquents et plus intenses dans les années à venir. Les discours trop alarmistes n’apportent rien de positif, mais il serait irresponsable de ne pas prendre au sérieux les avertissements, a fortiori quand on prend la mesure des conséquences.

La nature est particulière injuste

L’ouragan Sandy ne sera bientôt plus qu’un souvenir, comme on se souvient de Katrina qui avait noyé la Louisiane en août 2005. Un souvenir qui coûte très cher, matériellement, mais qui avait coûté beaucoup plus de vies humaines en Louisiane : 1800 personnes étaient décédées des suites de Katrina. Par contre, aujourd’hui comme en 2005, le constat est tout aussi cruel : les événements climatiques extrêmes frappent d’abord les plus pauvres. Nous ne sommes pas tous égaux devant les aléas climatiques.

En Haïti, la nature est particulièrement injuste. Là où les stigmates du tremblement de terre de début 2010 peinent à s’effacer, chaque ouragan qui passe balaie les efforts de reconstruction. Il y a deux mois, Isaac ; aujourd’hui, Sandy. De nombreuses personnes décèdent dans les camps de réfugiés. Les écoles, les hôpitaux et bâtiments publics sont endommagés. Les eaux stagnantes sont polluées, impropres à la consommation. Les cas de choléra se multiplient, l’épidémie est à nos portes. Le secteur de l’agriculture a été particulièrement touché : selon le ministre de l’agriculture haïtien, Jacques Thomas, « Plusieurs milliers de kilomètres de routes agricoles ont été détruites, des milliers de têtes de bétail ont été emportées par les eaux qui ont détruit des milliers d’hectares de plantations ». Demain, les prix sur les marchés flamberont. A Haïti, la catastrophe n’est plus seulement une prévision.

Renforcer la résilience

Les conséquences économiques et sociales de Sandy se feront ressentir pendant de longs mois à venir, voire de longues années. Dans les pays les plus développés, les assureurs et réassureurs s’intéressent de près aux risques climatiques, signe révélateur. Les changements climatiques vont coûter cher. Dans les pays les moins développés, là où il n’y a pas de mécanismes d’assurance et de protection sociale, les aléas climatiques coûtent déjà très cher et les efforts de développement risquent d’être complètement anéantis. Et c’est bien ce qui nous préoccupe : œuvrer pour la justice climatique, c’est renforcer la résilience pour que les gens les plus vulnérables et les plus pauvres soient moins affectés par les événements climatiques extrêmes. C’est renforcer les infrastructures, aider à prévenir les catastrophes, les inondations, veiller à ce que les écoles et les hôpitaux puissent continuer de fonctionner, garantir des stocks alimentaires suffisants pour éviter la faim et les pillages.

Doha, DO IT NOW !

Dans une Amérique qui reste partiellement climato-sceptique, Sandy pèsera peut-être un peu plus dans la balance. Signe d’une certaine prise de conscience, à la veille des élections présidentielles, le maire de New York, Michael Bloomberg – politiquement indépendant et longtemps très critique du camp démocrate—, vient d’appeler à voter pour Obama, qui est plus en faveur de la lutte contre le réchauffement global. « Notre climat change, a-t-il dit. Les événements climatiques extrêmes que nous vivons à New York et de par le monde peuvent en être ou non la conséquence, mais les risques qu’ils en soient –vu le désastre qu’ils engendrent— devraient suffire à forcer nos élus à agir maintenant  [2] ».

A la fin de ce mois de novembre, la conférence des Nations Unies pour le climat (qui se réunira à Doha, au Qatar) devra notamment se prononcer sur les moyens financiers mis à disposition pour lutter contre le réchauffement global. Nos élus devront démontrer plus d’ambition politique que ces dernières années, en hommage aux victimes de Sandy.

[1Euractiv, “Hurricane Sandy influenced by global warming, climate scientist says”, 31/10/2012, disponible à l’adresse : www.euractiv.com/climate-environment/hurricane-sandy-influenced-globa-news-515777

[2New York Times, “Bloomberg Backs Obama, Citing Fallout From Storm”, 01/11/2012, disponible à l’adresse : http://www.nytimes.com/2012/11/02/nyregion/bloomberg-endorses-obama-saying-hurricane-sandy-affected-decision.html?pagewanted=all

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