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Gaza : l’aide humanitaire est vaine sans levée du blocus

4 mai 2018

Depuis plus d’un mois, les Palestiniens de la bande de Gaza manifestent dans ce qu’ils appellent la « Marche du Grand Retour ». Pourquoi ? À la fois pour réaffirmer leur droit au retour et pour attirer l’attention sur la situation devenue invivable dans la bande de Gaza. Depuis le début des manifestations, 46 Palestiniens ont été tués par l’armée israélienne, dont au moins 39 pendant les manifestations, et 3.650 ont été blessés dont 1933 par des tirs israéliens à balles réelles. Les appels de la communauté internationale pour qu’Israël n’utilise pas de force létale face aux manifestants non armés restent sans effets. La Plateforme Moyen-Orient du CNCD-11.11.11 et de 11.11.11 appelle la Belgique et l’Union européenne à exercer des pressions sur Israël pour qu’il respecte le droit international et pour qu’il mette fin au blocus illégal imposé depuis 11 ans au territoire palestinien.

Fermeture de la dernière porte de sortie

Plus de 2 millions de Palestiniens vivent à Gaza, parmi lesquels 1,3 million de réfugiés. Depuis 2007, Israël impose un blocus illégal à ce territoire, le coupant du monde. Beaucoup font référence à Gaza comme étant « la plus grande prison à ciel ouvert du monde ». Par le biais de ce blocus, Israël continue d’exercer un contrôle sur la bande de Gaza, ce qui continue à en faire la puissance occupante en vertu du droit international. Plus récemment, l’Égypte a également fermé sa frontière avec le territoire palestinien, fermant l’unique porte de sortie laissée jusque-là à la population.

Les soins de santé en péril

Le blocus israélien crée depuis des années une situation humanitaire dramatique à Gaza. Suite aux attaques israéliennes de 2008-2009, 2012 et 2014, cette situation s’est aggravée jusqu’à devenir intenable ces derniers mois. Aujourd’hui, plus de 8 personnes sur 10 y dépendent de l’aide humanitaire. 44 % de la population est au chômage, et le taux de chômage des jeunes atteint 60 %. Les services de base ne sont plus assurés correctement. L’eau potable, l’électricité, les médicaments et les équipements médicaux se font de plus en plus rares. L’impact sur les soins de santé est sans doute le plus parlant. Le blocus empêche le carburant, les médicaments et matériel médical d’entrer. Les patients ne reçoivent par ailleurs que très rarement des laissez-passer, et les démarches administratives prennent trop de temps. En 2017, 54 patients ont perdu la vie dans la bande de Gaza faute de laissez-passer, la plupart étaient atteints du cancer.

Une zone bientôt inhabitable ?

Les restrictions à l’importation, à l’exportation et à la libre circulation des personnes rendent le développement économique complètement impossible. Depuis des années, les organisations de développement mettent en garde face le « sous-développement « de Gaza. Dès 2012, l’ONU a déclaré que la bande de Gaza serait inhabitable d’ici 2020. En 2017, l’organisation a précisé que la situation se détériorait encore plus rapidement que prévu. Et la situation humanitaire dramatique est encore exacerbée par le blocage des initiatives de réconciliation entre le Hamas et le Fatah, l’Autorité Palestinienne refusant de payer les salaires de milliers de fonctionnaires. Rajouté aux coupes dans le budget de l’UNRWA, l’agence onusienne pour les réfugiés palestiniens, cela fait monter en flèche la pauvreté à Gaza.

Ecroulement imminent

En définitive, l’écroulement de la bande de Gaza semble toujours imminent. L’aide humanitaire y est par conséquent importante. En 2017, l’Union européenne a donné 13,5 millions d’euros à la bande de Gaza tandis que la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) annonce un total de 8,7 millions de dollars d’aide humanitaire dans le territoire. L’aide humanitaire belge au territoire palestinien occupé s’élève à 12 millions d’euros, une partie conséquente de cette somme étant allouée à la bande de Gaza. Lors d’une réunion des donateurs internationaux en mars dernier, l’Union européenne a annoncé vouloir investir dans une usine de désalinisation pour sortir de Gaza de la crise d’approvisionnement en eau. Mais la création d’un tel projet demande du temps et les besoins sont aujourd’hui urgents.

Manque de volonté politique

La catastrophe humanitaire que vivent les Palestiniens de Gaza est causée par un manque flagrant de volonté politique. Sans levée du blocus, l’aide humanitaire continuera à être jetée dans un puits sans fonds. Elle permet juste de garder le patient en vie, mais pas de le guérir. Pour sortir la bande de Gaza de la crise humanitaire dans laquelle elle se trouve, il faut que l’Union européenne et la Belgique mettent la pression sur Israël afin que ce dernier respecte le droit international et lève le blocus illégal qu’il impose depuis 11 ans à la bande de Gaza.

La situation actuelle à Gaza ne peut plus durer, elle est inhumaine.

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