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ODD/SDG : le programme de développement durable est né !

Véronique Rigot Véronique Rigot Benjamin Van Cutsem Benjamin Van Cutsem
10 août 2015

Les négociations post-2015 se sont terminées dimanche 2 août en fin d’après-midi avec un accord sur le texte du programme de développement durable des 15 prochaines années. Celui-ci sera adopté en grandes pompes lors d’un sommet spécial à New York en septembre. Bilan des négociations avec Benjamin Van Cutsem, qui les a suivies de près pour le CNCD-11.11.11.

Les Objectifs de développement durable seront la pierre angulaire du nouveau programme 2030 pour le développement durable. Avec leurs cibles et leurs indicateurs, ils permettront de mesurer les progrès faits dans la mise en œuvre du développement durable. Les 17 objectifs résultent d’un processus participatif qui aura duré plus d’un an et associé la société civile internationale. Présentés dans un rapport, en juillet 2014, il a été décidé en mars 2015 de les soumettre à un « toilettage technique » pour être définitivement prêts en mars 2016. Ils n’ont donc pas été l’objet de ces négociations qui viennent de se terminer. Seule la déclaration politique a été négociée.

Que peut-on tirer du texte final ?
Benjamin Van Cutsem : le document final, le programme de développement durable d’ici 2030 – intitulé en anglais « Transforming our world : the 2030 agenda for sustainable development  » – trace les axes d’un développement voué à l’éradication de la pauvreté endéans les quinze prochaines années.
L’accouchement aura été difficile, et la bonne volonté des négociateurs aura été éprouvée jusqu’au bout. Ce n’est qu’en toute fin de négociations qu’un accord politique fut finalement enregistré. Pour cause, les velléités nationales de certains pays aux dépens de la logique de groupe prônée lors des 7 mois de négociations intergouvernementales.

Le mieux est-il l’ennemi du bien ?
Bien sûr, certains verront la proposition adoptée comme imparfaite. Toutefois, selon les négociateurs, « si ce texte est insatisfaisant pour tous les groupes, c’est qu’il s’agit très probablement d’un bon compromis ». La voix de la raison a donc été entendue. Il convient en effet de s’attarder sur l’ensemble des engagements et des opportunités offerts par un agenda ambitieux. Son caractère transformatif et universel est d’ailleurs unanimement reconnu.

Le texte final est donc équilibré ?
Oui, au final, le document final apparaît comme équilibré et inclusif. Tous les groupements de pays en développement sont mentionnés dans le document. Les pays les moins avancés (PMA) ainsi que les pays à revenus intermédiaires (PRI) y sont plus spécifiquement ciblés. Pour les uns parce que vulnérables face aux défis du développement durable. Pour les autres parce que leur population est composée à 75% de personnes pauvres. L’objectif transversal de l’agenda post 2015 étant l’éradication de la pauvreté sous toutes ses formes, l’ensemble des pays sont concernés. L’universalité des objectifs renforce aussi l’idée d’inclusion. Tout concourait à ce qu’un consensus émerge.

Quelle place est réservée aux droits fondamentaux ?
Les 17 objectifs de développement durable et leurs 169 cibles visent à combattre toutes les inégalités entre et au cœur même des Etats, à préserver la planète, à œuvrer pour une consommation et une production durables et à participer à une réelle inclusion sociale. Les droits fondamentaux à la santé, à l’alimentation ainsi qu’à l’éducation sont au centre des priorités. Tout comme le droit à l’eau et à l’assainissement. La dimension genre n’est, elle non plus, pas oubliée. Le phénomène de migrations est, quant à lui, perçu comme un élément de développement dans les pays d’origine. Enfin, un paragraphe entier se consacre à la dette et à sa soutenabilité pour les pays en développement. Bien d’autres ambitions y sont aussi inscrites, le texte est assez long et je ne peux tout citer ici, mais effectivement, le bilan que tire la société civile internationale est plutôt positif.

Et sur l’inscription du principe de responsabilité commune mais différenciée ?
S’il y a un principe illustrant plus que tout le clivage traditionnel entre le Nord et le Sud, c’est bien celui de la responsabilité commune mais différenciée (CBDR). Dès l’entame des négociations, les pays en développement étaient catégoriques : sans ce principe, aucun accord ne serait possible. Il est cependant ressorti atténué par le principe de « responsabilité partagée » - soutenu par les pays du Nord - confortant l’engagement de tous les Etats dans le respect et la mise en œuvre des ODD. Par ailleurs, au-delà de la simple inscription du CBDR, de nombreuses références aux politiques et priorités nationales parcourent le texte. Il en va de même pour la notion d’espace politique ou de souveraineté nationale, ainsi que pour l’existence de réalités aussi différentes que des défis de la durabilité auxquels tous les pays, et plus encore les pays du Sud, sont confrontés. Cela n’empêche que la responsabilité de tous les Etats est engagée. Mais universalité du processus ne veut pas dire uniformité. Tout comme le principe CBDR ne veut pas dire l’abandon de toute responsabilité par les pays en développement.

Les débats ont été vifs aussi sur le climat ?
Oui, et le climat est finalement une pierre angulaire de l’accord. Le développement durable ne peut s’envisager que via l’interaction entre ses trois dimensions : sociale, économique et environnementale. L’approche est équilibrée et intégrée et la dimension climatique n’est pas absente des politiques futures à mener. Sans pour autant présager de ce que seront les négociations sur le climat à Paris en décembre prochain, la déclaration sur les ODD rappelle les enjeux des changements climatiques et leur impact transversal, plus précisément sur les pays en développement et, parmi eux, les pays insulaires et pourvus d’un littoral. Sans oublier un appel explicite à limiter la hausse des températures à maximum « 1,5 à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle ». C’est une avancée à souligner, sachant que l’accord politique est fixé à 2°C.

Et quelle place pour le programme d’action d’Addis Abeba ?
La question de la place de l’agenda d’action d’Addis Abeba (AAAA) dans l’agenda post 2015 a tout autant alimenté les débats. Elle pose celle des moyens de mise en œuvre. Au final, le résultat d’Addis Abeba est considéré comme un complément de financement au développement durable. C’est donc la vision des pays en développement qui a primé. Si sa réalisation est appelée de tous les vœux, elle n’en demeure pas moins un instrument financier parmi d’autres publiques ou privés, nationaux ou internationaux. Un partenariat global revitalisé est également souhaité. Tout comme le respect de l’engagement des 0,7% du PIB des pays développés à l’aide publique au développement dont 0,15 à 0,2% spécifiquement dédiés aux pays les plus vulnérables. Toutefois, la responsabilité première de la mise en œuvre des ODD relève des Etats à part entière.

Et pour le suivi du processus, quel rôle pour la société civile ?
Là-aussi, il s’agit prioritairement d’une responsabilité nationale basée sur des données désagrégées (portant sur le genre, les revenus, le sexe, l’âge, l’appartenance ethnique, le statut migratoire ou les zones géographiques, etc.). En un mot, tout suivi devra être focalisé sur les personnes (« people-centered » en anglais) et utiliser les mécanismes existants. Là où ils n’existent pas, un renforcement des capacités nationales (surtout en matière de données statistiques) des pays en développement sera mis en place, avec l’appui des pays du Nord pour transmettre les compétences et outils lorsque c’est nécessaire. Enfin, tout suivi ne pourra s’envisager sans la participation de la société civile, entre autres à un niveau plus global, par l’entremise du Forum politique de haut niveau (FPHN ou HLPF) pour lequel, contrairement à nos espoirs, aucun secrétariat spécifique n’a été créé : il restera intégré dans l’architecture du Comité économique et social (ECOSOC).

Il y a donc des bémols à l’analyse ?
Oui, bien sûr ! Issu d’un véritable compromis, le texte souffre d’imperfections et de faiblesses. Nos attentes, à la suite des Objectifs du millénaire pour le développement, étaient très élevées. Nous procéderons à une analyse plus approfondie dans les semaines à venir, pour présenter un bilan nuancé de l’agenda 2030 du développement durable.

Restera ensuite à s’assurer du respect des engagements pris et d’une mise en œuvre concrète de ce programme appelé à changer le monde de demain. Tant un mécanisme global de suivi et d’évaluation fort qu’un partenariat mondial effectif sont à cette fin nécessaire. Avec une place privilégiée pour la société civile histoire de s’assurer que personne ne soit laissé de côté, conformément au nouveau principe « Leave no one behind » !

Propos recueillis par Véronique Rigot.

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