Syrie : la Belgique doit joindre le geste à la parole

Genève 2, la conférence pour la paix en Syrie, s’est ouverte hier. La Belgique ne prend pas part aux négociations. Seules les grandes puissances du Conseil de sécurité et de la région sont présentes et en mesure de peser sur les deux camps impliqués. Un cessez-le-feu et de réels changements sur le terrain ne sont envisageables que si les parties prenantes s’engagent résolument pour une solution politique. Nous considérons, pour notre part, que la Belgique devrait être davantage impliquée à trois égards : l’acheminement de l’aide humanitaire, le soutien aux militants syriens des droits de l’homme et l’accueil des réfugiés.

Le ministre Didier Reynders souligne que l’attention doit être tournée vers la diplomatie. Presque trois ans après le début des protestations contre le régime de Bachar al-Assad, la révolution s’enlise dans la guerre civile. Le régime est toujours bien en place et les citoyens continuent à être les principales cibles des attaques, comme le montrent les récents bombardements sur Alep ou encore la famine imposée aux habitants de Muadamyiah et au camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk. Dans le même temps, la violence de groupes djihadistes dans le nord du pays ne cesse de s’intensifier. La terreur parmi la population augmente, l’aide humanitaire est souvent bloquée et les exécutions arbitraires sont de plus en plus fréquentes.

Même s’il n’y a pas d’alternative à une solution politique, la prudence reste de mise vis-à-vis de la conférence de Genève 2. Une partie de l’opposition refuse de rejoindre la table des négociations tant que le régime ne s’engage pas à libérer les femmes, les enfants et les blessés emprisonnés et à cesser les bombardements et le siège des localités considérées hostiles. Quoiqu’il en soit, les droits de l’homme doivent être au cœur de toute solution au conflit ainsi que la prise en compte des voix de la société civile. Sur ces aspects, la Belgique peut agir auprès de l’Union européenne pour un appel à un cessez-le-feu.

Jusqu’ici la Belgique s’est concentrée sur l’aide aux populations mais le respect du droit international humanitaire doit en être le corollaire. Un accès sans entrave à l’aide humanitaire et aux soins médicaux sans aucune discrimination est une priorité tandis que tout déplacement de populations par la force doit être proscrit. Des poursuites judiciaires contre les responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité doivent être entreprises.

La Belgique a consacré 9 millions d’euros à l’aide humanitaire à la Syrie. Une contribution modeste si on la compare à celle de pays comme les Pays-Bas (74 millions), l’Allemagne (320 millions) ou encore la Suède (60 millions). Mais l’argent ne constitue pas l’unique besoin des Syriens. Le Comité international de la Croix-Rouge a dénoncé le fait que les inspecteurs ont un accès aisé et sécurisé aux sites de stockage d’armements chimiques tandis que les organisations humanitaires éprouvent les plus grandes difficultés pour accéder à certaines zones de populations aux besoins urgents. En octobre 2013, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté une déclaration qui demandait aux différentes parties engagées dans le conflit de lever les obstacles entravant la fourniture de l’aide. Or, seules des mesures minimales ont été appliquées en ce sens. La Belgique devrait augmenter la pression pour l’adoption d’une résolution obligatoire par le Conseil de sécurité.

La Belgique peut également faire davantage pour soutenir le mouvement démocratique syrien, composé notamment d’organisations de femmes et de journalistes, et les réseaux de citoyens qui se sont mis en place afin de fournir aux populations des aides alimentaires, des soins et des services d’éducation. Ces acteurs condamnent tout à la fois la violence du régime et celle de certains groupes de l’opposition. Or, ils constituent la cible privilégiée des groupes armés des deux camps et ne bénéficient de pratiquement aucun soutien extérieur. Si le ministre Didier Reynders souhaite fournir un réel soutien à la société civile syrienne, il est primordial que des contacts soient pris avec ce type d’organisations et que des mécanismes de protection des défenseurs des droits de l’homme en Syrie soient mis en place.

La Belgique et l’UE doivent aussi redoubler d’efforts pour protéger et aider les réfugiés à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières syriennes. Si les images terribles de Lampedusa ont suscité une grande émotion, le drame qui touche les réfugiés syriens reste, lui, largement dans l’ombre. La Belgique doit plaider auprès de l’UE pour une approche coordonnée qui permette aux réfugiés d’obtenir un accès au sol européen. Des procédures visant à faciliter l’obtention de visas et le regroupement familial doivent être mises en œuvre. Sans attendre, les Etats européens devraient, à l’instar de la Suisse, inviter sur leur sol les réfugiés bloqués dans les pays voisins, comme le permet la législation européenne via un programme de réinstallation. En ce sens, la Belgique a annoncé l’accueil de 75 Syriens en 2014. Une goutte d’eau dans l’océan par rapport au nombre de Syriens déplacés dans les pays voisins ! Si notre pays veut être fidèle à sa réputation de terre d’accueil des personnes persécutées, il doit agir dès maintenant pour défendre les réfugiés syriens et les forces démocratiques.

Signataires :

Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11
Pierre Verbeeren, directeur général de Médecins du Monde
Frédérique Mawet, directrice du CIRE
Christian Kunsch, président du MOC
Philippe Hensmans, directeur d’Amnesty International
Stefaan Declercq, secrétaire général d’Oxfam-Solidarité
Nicolas Bossut, secrétaire général de Pax Christi Wallonie-Bruxelles

Source : carte blanche publié dans Le Soir, jeudi 23 janvier 2014.

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