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RDC / Pétrole : « Perenco rechigne à assumer sa responsabilité »

Andrea Paracchini Andrea Paracchini
4 décembre 2014

Altermondes - Perenco est une société franco-britannique spécialisée dans l’exploitation de gisements pétroliers de champs matures. Dans la ville de Muanda, dans le Bas-Congo, elle est accusée par les ONG locales de pillage des ressources, opacité financière, dégâts environnementaux et répression de la contestation des communautés locales.
Le point avec Jean Marie Muanda de l’association locale Actions pour les droits, l’environnement et la vie (ADEV), un partenaire du CNCD-11.11.11.

Est-ce que la mobilisation contre Perenco en RDC est limitée à la ville de Muanda – aussi nommée « la cité pétrolière la plus pauvre du monde » – ou dépasse le contexte local ? Subissez-vous des pressions de la part de Perenco ?

Jean-Marie Muanda : La mobilisation contre les impacts négatifs des activités pétrolières de Perenco à Muanda dans la Province du Bas-Congo en République Démocratique du Congo dépasse bien évidemment le contexte local. Les acteurs de la société civile (ONG et autres associations) s’activent tant au niveau local que national. Dans un environnement de paupérisation généralisée s’appuyant notamment sur un contexte national empreint de corruption et de déni de justice, Perenco manie avec habilité le chantage à l’emploi. Toute critique pertinente est perçue comme une opposition à une entreprise qui se délecte de l’impunité et de la pensée unique. Les intimidations et arrestations arbitraires s’ajoutent au décor pour freiner l’élan de la mobilisation pour une exploitation pétrolière responsable par Perenco.

Suite à la mobilisation, constatez-vous des avancées de la part de Perenco, notamment en matière de transparence, assomption de responsabilité mais aussi par rapport au respect de l’environnement ?

J-M.M. : Les avancées ? On n’en perçoit pas du tout depuis. Perenco rechigne toujours à assumer sa responsabilité entière concernant les impacts pernicieux de ses activités pétrolières à Muanda et maintient toujours des pratiques peu responsables comme l’enfouissement des déchets toxiques à travers son champ d’exploitation. La pollution continue à entraver la vie des populations locales à Muanda.

Perenco est une société franco-britannique : est-ce que vous considérez que les organisations de la société civile des pays du Sud ont assez d’instances pour faire valoir leur droit et attaquer pour leurs abus les multinationales du Nord ? Quels sont vos moyens d’actions sur place et au niveau international ?

J-M.M. : Instances ? Oui ! Assez d’instances ? Non ! Cela s’explique par le fait que d’une part, les acteurs de la société civile des pays du Sud déploient beaucoup de ressources humaines et matérielles ( le plus souvent dans des contextes locaux de limitations accrues des moyens d’expression) pour faire valoir leurs droits et d’autre part , cela s’explique par le fait que la corruption et l’arrimage politique qui étouffent constamment les appareils judiciaires nationaux de nombre de pays du Sud ne permettent pas aux organisations de la société civile d’attaquer au Sud les multinationales du Nord pour leurs abus au Sud. Le réseautage et le partenariat avec les organisations de la société civile des pays du Nord nantis des systèmes judiciaires garantissant, au niveau national, un champ d’application extra-nationale permettent de palier ce genre de carence pour les organisations de la société civile du Sud.

Rue principale de Muanda . Rue principale de Muanda (Crédit : CCFD-Terre Solidaire )

En tant qu’organisation environnementale, pensez-vous qu’il suffirait un meilleur partage des revenus et des meilleures conditions d’exploitation du gisement de Muanda ou vous prônez plutôt l’arrêt de son l’exploitation ?

J-M.M. : Le développement durable et la création des richesses locaux au niveau national doivent être le fondement et la vision de toute l’action gouvernementale de la RDC. C’est d’ailleurs pour cela qu’il y a un Gouvernement. Ceci ne serait possible que si le Gouvernement dispose de moyens substantiels pour son action. Nous pensons que ces moyens proviennent notamment de l’exploitation des ressources naturelles de la RDC. Donc, l’exploitation pétrolière à Muanda devrait se faire dans un effort constant de responsabilité, dans un souci permanent de redistribution de revenus pour générer le bien-être social local et national tangible et dans une volonté toujours actuelle de veiller et de pousser à l’Éthique de/dans cette exploitation.


En savoir plus

En novembre 2013, le CCFD-Terre Solidaire (France) présentait Pétrole à Muanda : justice au rabais, un rapport accablant sur les agissements de Perenco dans le Bas-Congo.

Les droits humains d’abord !



Disciplinons les multinationales, refusons une justice qui les privilégie.
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