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Géostratego

Il est vain de changer le monde sur le dos de son voisin

Arnaud Zacharie Arnaud Zacharie
23 juin 2010

Le temps presse. Le tableau mondial est sombre et la tâche semble gigantesque. Mais que fait le politique ? Quand les gouvernements laisseront-ils au secteur privé la soif de compétition pour prendre davantage goût à la coopération et aux régulations ?

La première décennie du 21e siècle a été marquée par une succession de crises globales – financière, alimentaire, climatique, économique et sociale – dont les retombées sur la vie quotidienne des citoyens du monde sont aussi profondes que durables. Cette crise de la globalisation implique de prendre la mesure du changement d’échelle et des interdépendances du monde contemporain, en vue d’apporter les réponses adéquates aux problèmes qui le rongent [1].

Loin de s’affirmer comme une évidente nécessité, le multilatéralisme semble en sérieux recul [2]. Il laisse la place aux rapports de forces entre les grandes nations, représentant autant de puissances régionales dans un monde qui devient multipolaire, tenté par le repli sur soi. Une position toujours exacerbée en temps de crise.

Le corollaire de cette évolution peut sembler paradoxal : alors que le monde a un urgent besoin de mesures ambitieuses et à l’échelle adéquate pour répondre aux crises multiples de la globalisation, un nombre sans cesse croissant de gouvernements préfère se regarder le nombril et tenter de se refaire une santé sur le dos de ses voisins. Cela n’a pas seulement pour conséquence de rendre des plus hypothétiques toute décision politique internationale d’envergure, mais cela est également susceptible de provoquer à terme des désordres internationaux encore plus graves que par le passé.

Des crises sans réponses

Au niveau monétaire, le système actuel favorise les déséquilibres financiers internationaux et le retour des dévaluations compétitives, intensifiées par la spéculation, ce qui laisse présager un désordre monétaire international accru. La zone euro est elle-même le théâtre d’une tragédie grecque, dont le scénario a été écrit par la chancelière allemande, Angela Merkel, pour faire de l’austérité et du dumping social le moteur de la reprise européenne.

Au niveau financier, l’économie de bulle est repartie de plus belle, notamment dans les pays asiatiques émergents, et le système bancaire a vite repris goût aux bonus, mais beaucoup moins aux crédits consentis à l’économie réelle. Le G20 en est resté jusqu’à présent à des effets d’annonce sans guère de concrétisations politiques, tandis que le lobby bancaire tente d’éviter que ses « effets de levier » ne soient excessivement limités par les experts qui planchent à Bâle sur la question [3]...

Lire la suite sur www.imagine-magazine.com

[1Pour une analyse approfondie des crises globales et des alternatives pour en sortir, lire Refonder les politiques de développement. Les relations Nord-Sud dans un monde multipolaire, Arnaud Zacharie (dir.), Editions La Muette/Au Bord de l’eau, 2010, 176 pages.

[2Le multilatéralisme est l’application des principes démocratiques aux rapports interétatiques.

[3En termes financiers, l’effet de levier est l’effet sur la rentabilité d’un recours plus ou moins important à l’endettement.

Source : Imagine demain le monde, n°79, mai-juin 2010.

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